Le nuage toxique de Nantes (1987)

Nuage toxique (Photo d'illustration)
Nuage toxique (Photo d'illustration)

Le 29 octobre 1987 des ouvriers travaillant dans les entrepôts de la Société Loiret Haentjens à Roche Maurice (enceinte du Port Autonome) aperçoivent des fumées provenant d'un stockage en vrac d'engrais ternaire.
Il est 9h15. Débute alors un déroulé de crise inédit à Nantes depuis la fin de la guerre.

Sans reprendre ici la totalité des faits rapportés avec précision dans notre étude de 1987, il convient de noter :

- qu'il a fallu attendre 1 0h45 pour que soit mise en place la cellule de crise de la Préfecture.
- que le plan ORSEC n'a été déclenché qu'à 14h 15 soit 5 heures après le début du sinistre. Ce plan consiste pour l'essentiel à évacuer une population répartie sur sept communes (85 000 personnes concernées),
- que l'incendie étant progressivement maîtrisé et les fumées ne révélant plus qu'un faible taux d'acidité nitrique, la décision est prise d'autoriser les personnes évacuées à regagner leur domicile.

Il est 22 heures.

Durant cette journée mémorable qui aura vu un nuage de 10 km de long sur 3 km de large progresser vers l'estuaire sous un vent d'est, de très importants moyens ont été mis en oeuvre. Le Haut Comité avait tenu à saluer le professionnalisme des forces déployées : fonctionnaires, pompiers, agents des collectivités, de la SEMITAN, etc.

Il n'était pas dans les intentions du Haut Comité d'aborder globalement une réflexion sur toutes les implications de l'incident ni de se substituer aux organismes officiels compétents. Deux points qui conditionnent très fortement l'organisation et le fonctionnement de la Cellule de Crise ont donc été retenus :

1. proposition d'organisation du circuit de l'information générale proprement dite et de l'information, explication plus spécifiquement liée aux prises de décision.

Le décideur, Préfet, ne doit pas être en contact direct avec les médias, sauf décision de sa part (dans ce cas, il s'agit bien d'un acte opérationnel).

La cellule de crise doit disposer d'une équipe -légère- capable de recevoir, peser, recouper et qualifier les informations montantes ; en quelque sorte une « brigade d'écoute » ; elle doit également traiter prioritairement les comptes-rendus d'exécution des ordres donnés dont elle aura été informée.

Un porte-parole qualifié et rompu aux questions de communication assurera pour le compte du Préfet le contact avec les médias. En général, le Directeur de Cabinet sera trop occupé avec les questions de police : la présence d'un Sous-Préfet ou du Secrétaire Général paraît donc très rapidement nécessaire. Ce porte-parole doit être l'unique contact en matière d'information.

Les « médias » doivent disposer d'une pièce équipée leur permettant de travailler ; cette pièce doit être séparée des locaux utilisés par la cellule de crise. Le Chef de la Cellule de crise doit pouvoir disposer à tout moment d'un outil privilégié de communication vers le public ; il est apparu que la « radio locale » est le meilleur moyen ;

la conférence de presse peut être utilisée pour donner un aspect solennel à certaines périodes de la crise et à certaines décisions. Au sein même de la cellule de crise, tout spécialiste ou représentant d'une administration
technique doit considérer que, dans ses éventuels contacts avec ses correspondants extérieurs, une part des informations collectées peut être « suspecte » ; elle doit donc être confrontée avec d'autres sources (brigade d'écoute). Ces spécialistes ne doivent pas être en contact direct avec les « médias ».

On se rend compte rapidement du poids de la logistique nécessaire : radios, téléphones, télex, télécopieurs, photocopieuses, moyens dactylographiques. Ils sont mobilisables dans des délais plus ou moins courts. Mais un risque existe : la saturation des réseaux et notamment du réseau téléphonique.

Il. Essai de solution du problème de la saturation des réseaux téléphoniques.

Il nous a semblé intéressant de définir un système d'abonnés prioritaires sur le réseau commuté général. Un tel système, envisageable avec la numérisation en cours des centraux téléphoniques, offrirait une solution extrêmement performante au problème de la saturation des réseaux en temps de crise.

Une solution du type REGIS, fondée sur des réseaux spécialisés ou des circuits réservés, comporte en effet de nombreuses faiblesses (réseau limité, non maillé, vulnérable, saturé et réservé aux seules autorités, souvent absentes de leur bureau); elle nous semble moins fiable et entraînerait des dépenses permanentes et exagérées par rapport au service rendu. Cette proposition nécessite d'être affinée à l'aide de simulations. France Télécom, grâce aux moyens informatiques importants du CENT, peut réaliser les simulations nécessaires pour définir la faisabilité du procédé et son coût de réalisation.

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